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DOSSIER DU MOIS : LE PRIONSommaire : Définition PRoteinaceaous
Infectious particle ONly Le terme prion a été créé par S.Prusiner
[Prusiner SB. Novel proteinaceous infectious particles cause scrapie.
Science 1982 ; 216 : 136-44.] pour désigner les agents infectieux
responsables de certaines maladies neurodégénératives
chez l'homme et les animaux. L'histoire du prion est avant tout une " passionnante " aventure scientifique dont le chemin est encore pavé de multiples incertitudes. La théorie du prion, qui valut à son auteur, Stanley Prusiner, le Prix Nobel de Médecine en 1997, a marqué une vraie révolution dans le monde de la biologie. En effet, le terme d'agent infectieux était jusque-là réservé aux organismes possédant leur propre acide nucléique (ADN ou ARN) et capables de se multiplier. Or, pour Prusiner, une protéine cellulaire peut changer de conformation et devenir ainsi résistante aux protéases, ces enzymes censées la décomposer. Elle s'accumule alors à l'intérieur de la cellule et forme des plaques qui, dans le cas des encéphalopathies spongiformes transmissibles, transforment les tissus neuronaux en une véritable éponge. Cette protéine infectieuse aurait donc la propriété de " transformer " des protéines tout à fait normales, contenues dans les tissus nerveux principalement. Les protéines en question, qui sont alors appelées "PrP" pour Protéine-Prion, prennent une structure tridimensionnelle anormale. Au lieu de s'enrouler, elles se plient en accordéon et deviennent incapables d'accomplir leur rôle biologique initial. Autre caractéristique, la protéine-prion provoquerait, par simple contact, la modification des protéines voisines. Ainsi, de proche en proche, ces protéines devenues anormales s'accumulent dans le cerveau, et forment des agrégats qui lui donnent l'aspect d'une éponge. Ce mécanisme simplifié est loin de tout élucider
pour autant. En effet, deux hypothèses restent d'actualité
: Et comme toujours en biologie, les mécanismes réellement impliqués sont toujours plus complexes que nos modèles expérimentaux.
Ainsi, on découvre en 1985 qu'il existe un gène humain codant la PrP (protéine-prion) situé sur le bras court du chromosome 20. Les 2 formes (codée et infectieuse) diffèrent par leur structure tridimensionnelle. L'hypothèse de la possibilité de l'induction de la structure protéinique anormale (PrPres, ou résistante) par le prion sur la protéine normale (PrPc, ou cellulaire) contredit le dogme du codage des protéines par l'ADN et l'ARN et pourtant ...
Les modèles classiques de la virologie ne semblent pas pouvoir
expliquer la biologie et les propriétés physico-chimiques
des prions. Dans les années 70, les chercheurs britanniques ont
proposé le modèle du "virino", une particule infectieuse
pouvant se répliquer activement ou passivement. Le "virino"
serait constitué d'une information génétique propre
entourée de molécules protéolipidiques de l'hôte
et, de ce fait même, non exposé au système immunitaire.
Cette hypothèse expliquerait la variabilité des souches
de scrapie ainsi que la possibilité de mutations. Quoi qu'il en
soit, toutes les tentatives faites pour caractériser un acide nucléique
dans les préparations acellulaires purifiées susceptibles
de transmettre la maladie ont jusqu'à présent échoué.
Le concept initial de protéine étrangère autoréplicable,
soit directement, soit par un processus de "reverse translation"
a donc été abandonné depuis que la PrP a été
identifiée comme une protéine du soi. Pourtant de nombreuses
données de biologie moléculaire sont en faveur de l'hypothèse
de la "protein only", défendue par Prusiner et ses collaborateurs
s'appuyant sur 5 arguments :
La PrPres semble donc effectivement induire la transformation de la PrPc
: soit par interaction directe soit par l'intermédiaire d'une protéine
chaperonne modifiant la structure tridimensionnelle de la PrPc. Autre
éventualité, l'agent infectieux inconnu modifie la chaîne
métabolique aboutissant normalement à la PrPc.
Les gènes des protéines PrP de l'homme et de nombreux mammifères
ont été isolés et séquencés. La structure
comparée de ces gènes révèle de grandes similitudes
et une homologie de séquence en acides aminés de 80 % pour
la protéine PrP. Les progrès accomplis dans la connaissance
des maladies animales et humaines montrent que le gène PrP joue
un rôle essentiel dans la susceptibilité à l'infection
et sur l'évolution de la maladie.
Ces données montrent que le fait pour un individu de posséder
l'homozygotie Met/Met au niveau du codon 129 est un facteur de risque
de développer la MCJ sporadique. Cette particularité du
génotype induit par ailleurs une évolution plus rapide de
la maladie que chez les malades hétérozygotes. Chez 90 %
des sujets atteints par la forme génétique de la maladie
et dans tous les cas recensés de MCJ variante (vache folle), ce
même facteur de risque (homozygotie Met/Met) a été
retrouvé. A l'inverse, quelle que soit l'origine de la maladie,
le fait d'être hétérozygote au niveau du codon 129
semblerait être un facteur de protection partielle.
Lorsque l'on injecte un agent de type prion d'une espèce donnée
à un animal d'une autre espèce, on constate une diminution
très importante de l'efficacité de transmission et une augmentation
également très importante du temps d'incubation de la maladie.
Cette résistance à l'infection par des prions issus d'une
autre espèce animale a été dénommée
"barrière d'espèce" (Pattison and Jones, 1968).
Mais, si la maladie apparaît, le temps d'incubation, généralement
très long lors du premier passage à un nouvel hôte,
se raccourcit par la suite pour atteindre une valeur stable caractéristique
de l'espèce. Les doses infectantes nécessaires au franchissement
des barrières d'espèce sont très supérieures
à celles assurant la contamination au sein d'une même espèce.
La voie d'inoculation joue également un rôle très
important : les injections intracérébrales étant
de loin les plus efficaces !
La poursuite des travaux de Stanley Prusiner sur les souris transgéniques,
fait apparaître qu'au moins un autre facteur appartenant à
l'hôte serait impliqué. En effet, le franchissement de la
barrière d'espèce serait également dû à
une autre protéine ("chaperonne") qui faciliterait la
transformation de PrPc en PrPsc. La maladie est donc clairement associée à une isoforme anormale d'une protéine appelée PrP (protéine prion) présente normalement dans le cerveau de chacun d'entre nous. La protéine normale est en fait présente chez tous les vertébrés. Elle est dénommée PrPc (c pour cellulaire) et, son gène est localisé sur le chromosome 20 dans l'espèce humaine. Cette glycoprotéine a un poids moléculaire de 33.000 Daltons. Sa fonction est encore inconnue à ce jour, mais elle n'est sans doute pas essentielle puisque des souris délétées du gène de la PrPc sont parfaitement viables et ne présentent ni déficit neurologique ni déficit psychophysiologique, bien que des travaux récents semblent indiquer qu'elle intervient dans la transmission synaptique. La PrP est une protéine extrinsèque de la membrane cellulaire majoritairement endocytosée et catabolisée par la cellule. Sa demi-vie est de quelques heures. Elle est bien conservée au cours de l'évolution. La protéine anormale, appelée PrPsc (sc pour "scrapie"
ou tremblante du mouton) est, par opposition à la protéine
normale, insoluble en présence de détergents et résiste
à l'hydrolyse par les enzymes protéolytiques ce qui explique
sa résistance extrême (à la cuisson et la congélation
notamment). Elle serait capable de s'auto-répliquer en convertissant
la protéine normale en protéine anormale. De plus, bien
qu'ayant une composition en acides aminés identique à celle
de la protéine normale, elle présente une conformation spatiale
différente caractérisée par une augmentation de la
quantité de feuillets bêta plissés par rapport aux
hélices alpha. Une accumulation cytoplasmique de PrPsc conduirait,
par des mécanismes encore mal connus, à la mort cellulaire.
Les protéines anormales libérées après la
mort du neurone pourraient alors pénétrer des neurones voisins
en se fixant sur la protéine PrP ancrée dans la membrane
et les infecter selon le même processus de transmission de conformation
anormale. Ainsi, la transmission de proche en proche serait responsable
de la destruction progressive et irréversible du système
nerveux central. Selon ce modèle, une protéine peut prendre une conformation anormale sans que son gène soit modifié. Par contre, les formes héréditaires d'encéphalopathies spongiformes sont dues à la présence de mutation(s) dans le gène codant pour la PrP. Ces mutations sont suffisantes pour entraîner le changement conformationel de la PrPc en PrPsc et provoquer la maladie en l'absence d'agent exogène. Les souris dépourvues du gène prion apparaissent normales et sont résistantes à l'apparition de la maladie après inoculation de l'agent infectieux. Le gène et la protéine prion jouent donc un rôle nécessaire au développement de la maladie. Dossier réalisé par C.V, publié le 9 février 2001 |
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